UTHK : passer par toutes les émotions en 109km

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Laissez-moi vous raconter l’histoire de SoPhilou sur l’Ultra Trail du Haut Koenigsbourg, une course de 109km et 4 850 mètres de D+ dans la belle région d’Alsace. Ils s’étaient entrainés dur tout l’été et avaient plus que jamais envie d’en découdre !

Laissez moi aussi vous raconter l’histoire d’une fille qui n’osait pas s’assumer en tant qu’ultratraileuse, et ce malgré un certain palmarès à son actif, tant qu’elle n’avait pas réalisé un défi de plus 100km avec autant de dénivelé…

Derniers préparatifs

Les 2 jours avant la course ont été un peu hors du temps. Arrivés le jeudi chez nos amis à Strasbourg, nous nous sommes reposés (et faits chouchoutés) pendant 2 jours.

Mais moi qui ne suis pas du tout habituée au repos et à la détente (promis, je me soigne), je commençais à trouver le temps long !

Le samedi, nous arrivons sur place bien tôt, histoire de se mettre dans l’ambiance.
Retrait du dossard et du t-shirt, rose de la course : rose pour les filles, bleu pour les garçons, un peu archaïque, non ?

En plus, je déteste le rose… un peu énervée et surtout très stressée à ce moment-là je crois…

Nous nous posons ensuite pour nous reposer de nouveau. Je sais que c’est nécessaire mais j’ai les jambes qui frétillent et je n’attends qu’une chose : le départ !

Nous prenons quelques photos, papotons avec quelques traileurs puis direction la ligne de départ.


La nuit commence à tomber mais pas la chaleur. nous écoutons le discours du maire du village, un peu bavard mais très impliqué, et le briefing par le directeur de course.
La nuit s’annonce chaude mais naïvement je ne m’inquiète pas car, la chaleur, c’est ce que nous avons eu pendant tout notre entraînement estival.
Selon moi, c’est « notre zone de confort »… Quelle naïve…

Top départ !

Km0 à Km21

À 21h, le départ est lancé. Je me sens bien et suis heureuse et émue de me lancer enfin !

Moi qui n’aime pas ça (je supporte les côtes uniquement pour pouvoir m’amuser en descente), les premières côtes me semblent faciles (heureusement car on part sur 4 800D+ !) et j’ose dire à Philou : « on court dans les côtes tant que le pourcentage nous semble plus faible que la côte de Montsouris » (la côte du parc le plus proche de chez nous sur laquelle nous nous sommes beaucoup entrainés). Je regretterais cette phrase mais tant pis…


On connaît bien ce début de parcours, qui correspond à celui de la course du 23km, que nous avons faite quelques années auparavant. On arrive en haut assez frais en haut et on enchaine sur une bonne descente, puis une portion de plat assez monotone où nous longeons des champs et des chemins de fer et où nous marchons un peu pour débriefer.

Mais la prochaine montée ne tarde pas à pointer le bout de son nez.
Des zigzags qui montent, qui montent… On voit la lumière des frontales en haut en se disant qu’on va devoir monter fort les rejoindre. Cette deuxième montée nous amène jusqu’au ravitaillement, assez facile jusqu’aux derniers mètres où il a fallu un peu escalader.
Je prends un ravito léger car je commence à sentir une gêne au ventre et je n’ai pas envie de manger, chose incroyable chez moi qui ai souvent un appétit à tout épreuve !

Une nuit dans l’enfer du mental…

Km21 à Km50

La montée suivante sera plus compliquée et marquera le début de cette nuit infernale.

Pour la première fois, il faut que je m’arrête en plein milieu de la montée (on est plutôt du genre à foncer sans s’arrêter pour ne pas casser le rythme et en finir le plus vite possible) mais là impossible, je me sens trop faible et il faut que je m’arrête prendre du sucre rapide.

On est à 25km et je n’ai encore presque rien mangé. Il fait lourd et chaud et je suis trempée (de transpiration). Mon ventre subit donc un chaud/froid en permanence. Cela ne m’arrive jamais et je ne suis pas du habituée à gérer ça. J’avais tout envisagé mais pas ça.

Je commence à puiser dans mon mental et je me dis que ce n’est pas bon signe de devoir le faire aussi tôt dans la course. J’ai déjà des pensées négatives que je n’arrive pas à maîtriser. C’est une véritable bataille qui s’engage entre moi et moi-même dans ma tête et qui durera toute la nuit.
J’ai de plus en plus mal au ventre et je n’arrive pas à penser à autre chose. Pas de paysage pour me changer les idées. Une montée puis une descente, la pire de toutes (et pourtant j’adore les descentes, d’autant que celles de cette course étaient presque toutes roulantes) car je ne voyais rien de rien. Je me crispais et manquais régulièrement de tomber. Sans doute un des pires moments de la course pour moi.

On arrive vers 4h du matin (km 40) sur un petit village avec, juste à la sortie de la forêt, un point d’eau improvisé (sûrement à cause du manque d’eau au premier ravitaillement), on nous dit qu’il reste 5km avant le prochain ravitaillement, 5km de montée. Alors on marche un peu dans le village histoire de se redonner du courage, je prends le temps de changer les piles de la frontale en marchant.

Et la montée suivante commence. De plus en plus dure. De plus en plus raide. Elle semble interminable. Mais on avance, je me dis « un pas devant l’autre » et « ce qui est fait n’est plus à faire« . Et bizarrement ça va un peu mieux car j’ai en tête cette perspective atteignable : le prochain ravitaillement !

Je ne rêve que d’une chose : une soupe pour réchauffer mon ventre ! Nous arrivons au ravitaillement du refuge des « Vosges trotteurs » (Km 45), très sympathique, où une bénévole joviale n’est absolument pas étonnée de me voir lui avouer mon rêve de bouillon.
En effet, nous sommes plusieurs dans ce cas, à subir les effets de la chaleur et à avoir du mal à se nourrir en solide. Et le bouillon est la seule chose qui passe.
Avec… Le coca ! Oui je sais, ce n’est pas très sain ou naturo. Et pour tout vous avouer dans la vie normale je n’aime pas le coca et je n’en bois pas ! Mais là c’est tout ce que mon corps me réclamait. Et j’en prendrais systématiquement à chaque ravitaillement. Ce qui me vaudra de roter régulièrement tout au long de la course. Oui, j’ai oublié de préciser que cet article était déconseillé aux âmes sensibles… Au moins, ça donnait une certaine ambiance musicale à notre avancée… 🙂

Bref. Avec le coca, j’ai aussi cédé à ce ravitaillement, pour un 2ème ingrédient maléfique (à mes yeux) mis dans mon sac à la dernière minute pour d’autres raisons (dont on reparlera plus tard) : le Doliprane !

Après toutes ces décisions raisonnables, nous repartons rapidement car nous nous sommes déjà refroidis. Il n’est que 5h du matin et même si nous sommes arrivés transpirants, la tendance s’inverse vite et nous avons froid.

Nous repartons d’abord en marchant tranquillement car la montée n’est pas terminée. Nous avons une avance confortable de 1h30 sur la barrière horaire donc tant qu’on avance, tout va bien.

Pourtant, durant cette nuit infernale, c’est bien la première fois de ma vie de traileuse que j’ai pensé concrètement à l’abandon (du genre « comment on fait ? », « Qui on appelle ? », « Comment est-on rapatrié ? », etc.)… Et je peux vous dire que ça rend humble ! Moi qui pensais mon mental infaillible, je peux vous dire sincèrement que, si on m’avait dit cette nuit-là que je finirais finalement cette course, je ne l’aurais pas cru !

D’autant qu’un coureur nous a parlé au dernier ravitaillement de nombreux abandons dénombrés pour cette même raison. Mais j’essaie tant bien que mal de me remémorer les phrases positives, de me rappeler que j’ai déjà couru dans des conditions où beaucoup d’autres avaient abandonné et de solliciter ma pensée qui fonctionne à tous les coups pour continuer d’avancer : penser à mes parents.

Je me suis aussi souvenue d’une règle importante en Ultra (et dans la vie, non ?) : après les bas, il y a TOUJOURS des hauts. Même si ce sont les bas qui arrivent finalement avant les hauts, tout est possible. Et, j’ai bien fait d’y penser car la suite de la course me donnera raison…

Le jour se lève = retour à la vie !

Km50 à Km70

Une fois cette dernière montée achevée, le jour commence enfin à se lever. Nous sentons petit à petit la visibilité augmenter. Et le moral revenir. Vraiment. Solidement.

Déjà que le lever du jour est un de mes moments préférés en trail mais là, c’est l’apothéose ! Le Doliprane commence à faire effet, je n’ai plus ni chaud ni froid.
Les pensées négatives s’envolent avec l’obscurité, d’autant que la descente qui s’annonce est particulièrement roulante (tu m’étonnes, c’est plus facile quand on y voit quelque chose !).

Alors on court, on court. On n’arrête pas de courir. Je sens Philippe derrière moi qui suit bien (je suis généralement plus téméraire que lui dans les descentes) et je me sentirai presque pousser des ailes… Incroyable quand on pense à l’état dans lequel on était 1 heure plus tôt !

On arrive au prochain ravitaillement (Km 61) à 7h30, toujours 1h30 avant la barrière horaire. Un petit bouillon, un petit Compeed (rien de grave pas rapport à l’Ultramarin) et ça repart !

Nous repartons sur une boucle de 17km qui nous ramènera à ce même ravitaillement. Nous devons y être au plus tard pour 12h30 soit dans 5h. On est large même si on n’oublie pas que cette boucle représente plus de 850D+ et que nous avons croisé des coureurs nous avouant avoir été bien « calmés » par cette boucle. Nous tablons sur 3h30 pour la faire.

Mais la première partie monte tranquillement et dans la fraîcheur du matin. L’ambiance est plutôt joviale par rapport à la nuit où nous ne nous étions pratiquement pas parlé (Philippe avait traversé les mêmes déboires mais nous savions tous les deux qu’il ne valait mieux pas en parler l’un avec l’autre au risque de s’entraîner dans une spirale négative).

Nous arrivons à une petite église après une descente sympathique. Un peu hors du temps cet endroit. J’en profite pour faire une pause technique histoire de m’alléger (oui, je vous dis tout !) avant la forte montée que nous pouvons déjà visualiser grâce aux coureurs devant nous. La montée est un peu rude mais avec le moral et la lumière du jour, ça passe !

1er château de Ribeauvillé

D’autant que nous ne tardons pas à tomber sur des merveilles pour les yeux : les 3 châteaux de Ribeauvillé, magnifiques ruines perchées dans les montagnes, avec une vue imprenable sur une bonne partie de la région. Et un soleil sublime. On en prend (enfin !) pleins les yeux !

2ème château de Ribeauvillé

Et comme on sait qu’on a de l’avance (pour moi, c’est tout ce qui compte, je m’en fous du classement ou du chrono, je veux juste kiffer sans me préoccuper des barrières horaires), je sors mon téléphone et prends enfin quelques photos (ce qui est aussi un signe que ça va mieux).

3ème château de Ribeauvillé

La montée qui suit est franchement raide et difficile mais en fait elle passe toute seule tant le paysage qui défile devant nos yeux est à couper le souffle. Je m’exclame « c’est beau« , « c’est sublime » à tout bout de champ.

Nous arrivons au dernier château, où nous attendent des bénévoles, toujours très sympathiques avec leurs chiens trop mignons. Nous traversons ce beau château en ruines où la nature a repris ses droits, formant une harmonie hors du temps, si poétique. Pour enfin redescendre.

À ce moment, dans notre tête, ce n’est plus que de la descente jusqu’au ravitaillement que nous avons quitté quelques heures plus tôt, si bien que nous ne vérifions même pas nôtre carte tant nous en sommes persuadés… Grave erreur…

Tout d’abord, j’arrive soudainement de moins à moins à suivre Philippe, particulièrement en forme dans cette descente. Je sens de nouveau un pincement dans le ventre qui se fait de plus en plus puissant !

À la fin de la descente, je suis rincée. Je vois bien sur ma montre qu’il doit rester quelques kilomètres avant de terminer la boucle mais je pense toujours que c’est de la descente, voire du plat. J’y crois toujours quand je vois que la descente enchaine tout de suite sur une montée. Mais cette montée dure, dure… elle n’en finit pas et je souffre de plus en plus.

À ce moment, plus de tergiversations avec moi-même : j’ai encore un Doliprane dans mon sac et compte bien le prendre au prochain ravitaillement… s’il arrive un jour !
Heureusement, mon Philou est en forme et m’encourage, me rassure et c’est grâce à lui que je ne retombe pas dans la spirale négative. J’avance coûte que coûte et je me dis que rien ne presse. Après cette montée qui ne faisait pourtant « que » 200D+ (par rapport à la précédente, qui elle était passée « comme une lettre à La Poste » et qui en faisait autant voire plus !), une petite descente où nous apercevons enfin le ravitaillement ! 

Nous faisons une nouvelle fois un stop dans ce petit ravitaillement. Cette fois-ci, le compteur est à 68 kilomètres. Je prends le temps de changer de chaussettes, de t-shirt, de me faire mettre du baume du tigre par mon Philou, qui me propose aussi de me soulager le dos grâce une technique infaillible (mais malheureusement difficile à décrire ici).

Et ça repart ! Au risque de me répéter, nous repartons du ravito à 11h, soit toujours 1h30 avant la barrière horaire. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on aura été constants !

Il y a pas mal d’activité sur ce ravitaillement et sur le chemin qui le suit.
Et pour cause : les coureurs de la course du 54km empruntent également cette portion ! Ils sont beaucoup plus « frais » que nous et nous encouragent à chaque fois, ça donne de sacrés coups de boost ! Ce que nous n’avions pas eu à l’Ultramarin (où nous espérions croiser les coureurs du 54km) car nous étions arrivés trop tard, nous l’avons finalement sur cette course !

Nous prenons notre temps dans cette montée qui suit le ravitaillement car il faut que le Doliprane fasse effet et car nous sommes toujours confiants au niveau du temps (théoriquement, à ce stade de la course, nous savons déjà que, sauf grosse déconvenue, même si nous ne faisons que marcher jusqu’à la fin, nous arriverons au bout).

Le luxe de finir sans pression…

Km 70 à Km110

Dans la montée, en plus des sympathiques coureurs du 54km (oui, il y a peu de coureuses d’une manière générale mais j’en reparlerai), nous faisons la rencontre de Jean-Marie et Freddy, un duo de copains traileurs sexagénaires très sympathiques.
Nous nous doublerons beaucoup les uns les autres pendant les kilomètres qui suivront, ce qui nous donnera l’occasion de partager avec ces personnages inspirants (C’est cela aussi que j’aime dans le trail. C’est cela aussi que j’aime dans le fait d’être « en queue de peloton »).

Dans la descente, petit moment magique : nous apercevons un cerf, tout près de nous. C’est l’avantage d’être sur un petit trail (en termes de nombre de participants, on s’entend, hein !) : le peloton s’étire vite et nous sommes rapidement seuls, faisant peu de bruit et perturbant au minimum la nature que nous empruntons… et qui nous offre ces moments de poésie.

Nous arrivons rapidement (malgré une descente longue faite de portions de plat et même de quelques côtes pas forcément appréciées ;)) au château de Reichenberg et, après avoir vu pas mal de (belles) ruines sur notre trajet, je suis étonnée de voir apparaître sous mes yeux un magnifique château au milieu des vignes, un véritable petit havre de paix.


Nouveau ravitaillement. Nous avons plus de 88 kilomètres au compteur. Là aussi, toujours cette avance confortable… de… je vous laisse deviner… 1h30 !

Nous prenons un peu le temps de nous préparer aux 2 dernières montées qui nous attendent, dont la dernière n’est ni plus ni moins que celle qui mène au (fameux) château du Haut Koenigsbourg.

La première montée, beaucoup plus petite, nous met pourtant un petit coup au moral. La fatigue et surtout la lassitude commencent à se faire sentir : certes, nous savons désormais que nous y arriverons, mais nous avons hâte d’en finir !

Petite anecdote qui m’a mis en joie avant cette première montée : quelques kilomètres auparavant, je partagerais avec Philou le fait que j’avais cruellement envie de pommes (pendant mes entraînements longs ou courses, je rêve souvent de fruits… Alors que certains rêvent de pizzas ou de bière, je sais c’est bizarre !) Eh bien, figurez vous que nous croisons au détour d’un virage un petit pommier au bord d’une maison, duquel venait sûrement de tomber une mini pomme ! C’était parfait car mon estomac n’était pas capable d’en manger une grosse entière et celle-ci était sucrée et délicieuse !

Bref. Pas grand chose d’autre à dire sur cette montée qui n’avait pas de charme particulier si ce n’est celui de ne pas nous faire oublier ce qu’il nous reste à parcourir car nous apercevons enfin le château du Haut Koenigsbourg mais il nous paraît tellement mais tellement haut…


Heureusement, il nous reste du mental et on continue d’avancer, on alterne course et marche et le début de la montée est objectivement facile (même si on aurait presque hâte que ça monte fort pour en finir).

Seule frustration : on ne voit désormais plus le château et on n’a donc peu de visibilité sur ce qu’il nous reste à faire. Même en arrivant presque en haut, au ravitaillement du château du Haut Koenigsbourg (Km 98), nous ne le voyons toujours pas ! C’est qu’en fait il reste 1 kilomètre avant d’arriver vraiment au château.

À ce ravitaillement, nous sommes d’ailleurs chaleureusement applaudis par les bénévoles et supporters présents sur place : cela fait toujours chaud au coeur et je dois dire que c’est un des gros points positifs de ce trail !

Peu avant ce ravitaillement, nous retrouvons le coureur vétéran Freddy qui a laissé son pote Jean-Marie finir à son rythme. Il nous raconte d’ailleurs leurs exploits : ils ont fini ensemble plusieurs ultra trails dont l’infernal trail des Vosges 200km… respect total ! Du coup, quand Freddy finit par nous dépasser puis nous devancer, je ne le prends pas pour moi… ou presque. 😉

On continue d’avancer jusqu’au château.
On connait cette portion car elle fait partie du parcours du 23km que nous avons fait quelques années auparavant. Nous sommes accueillis par des comédiens déguisés et empruntons directement un parcours bucolique et hors du temps à l’intérieur même du château… j’adore !


À la sortie du château, la récompense : une vue sublime sur la région ! On en profite pour faire quelques photos et papoter avec un bénévole (quand je vous dis qu’on a pris notre temps, je ne rigole pas !).

On enchaine ensuite sur la dernière descente… enfin ! À ce stade, il nous reste 9km et nous serons finishers quoiqu’il arrive, même s’il faut ramper !

Dernier pointage à la montagne aux singes (Km 104), où un petit ravitaillement nous attend. Là encore des bénévoles sympathiques et admiratifs, là encore du coca… 

Peu avant ce ravito, nous avons croisé le dernier coureur du 54km (pas de jugement là hein ? C’est une place que j’ai déjà eu donc … ;)) accompagné des serres-files (tiens, ça me plairait de faire serre file un jour) qui l’ont affublé d’un plumeau multicolore car c’est officiellement le « coureur balais »… l’humour alsacien ? En tout cas, ça nous fait sourire.

C’est à la montagne aux singes que nos amis sont passés ce matin… Malheureusement un peu trop tôt pour nous apercevoir mais ça me fait chaud au coeur quand même de savoir qu’ils étaient là il y a quelques heures.

D’une manière générale, nous n’avons que peu souvent eu de supporters ou d’assistance sur les courses que nous avons fait et c’est toujours un bonheur bonus si c’est le cas.
Mais je ne suis pas du genre à trop insister ou à monter une équipe de supporters car je sais à quel point cela peut être fatiguant et long ! 
En tout cas, avec Philippe, on se dit que ça pourrait être intéressant de choisir chacun une course différente et de faire l’assistance l’un de l’autre, pour voir ce que ça fait !

Bref. La descente continue. les quadriceps commencent sérieusement à fatiguer donc on alterne quand-même la marche sur les portions plates et la course lente sur les descentes, ce qui ne nous empêche pas de gagner un peu de temps sur la dernière barrière horaire (qui n’en est pas vraiment une).


Nous entendons une clameur au long et pensons que c’est la ligne d’arrivée mais il s’agit juste d’une groupe de touristes en camping car ayant déjà bien entamé l’apéro (il est à peine 17h30… 😉 ) qui encourage chaque coureur passant devant eux.

On passe aussi à la volerie des aigles, également point de passage du 23 km et enchainons sur une dernière descente en zigzag. Je sens clairement l’émotion et les larmes monter. On sort de la forêt et j’attrape la main de mon Philou : la ligne d’arrivée est proche et au détour d’un dernier virage, la voilà.

Quelle émotion ! Quel bonheur de finir la course ensemble ! Quelle chance de pouvoir partager cette aventure ! Et d’avoir un corps qui nous le permet de le faire !
Pas de blessure, peu de douleurs (mais je vous rassure, nous aurons quand-même des courbatures) et une fierté immense d’être allée au bout de cette course après tant de sacrifices et de temps à passer à la préparer.

On récupère notre veste de finisher (d’un magnifique rouge pour mon Philou, tandis que j’ai le choix entre un rose pétant et un vert criard … je prends le « moins pire » selon moi -la verte- et l’utiliserai si un jour je suis amenée à faire des travaux de voirie 🙂… heureusement que je ne fais pas les courses pour les cadeaux car les femmes sont souvent mal loties !).

Nous récupérons nos affaires, prenons rapidement une douche dans un camion-douche hyper sophistiqué, débriefons un peu avec les quelques coureurs croisés (dont nos chers copains sexagénaires étonnés de nous savoir parisiens ET sympathiques, héhé) et filons rapidement (façon de parler car les muscles ont commencer à refroidir) jusqu’à la voiture et Strasbourg retrouver nos amis et des pizzas bien méritées.

Bilan d’une course pleine de surprises…

Franchement, j’ai adoré ce trail, dont je connaissais déjà l’organisation.
C’est un trail familial, géré par une association et avec peu de participants, un trail à taille humaine qui a su gardé une ambiance trail à 100%, c’est-à-dire sans prise de tête ou de course à la performance mais avec de l’entraide et des moments de partage.

C’est ce que j’aime par dessus tout dans le trail et c’est pour cela que je préfère de loin ce genre de trail plutôt que ceux qui sont plus connus et fréquentés.

J’ai adoré partager cette nouvelle course avec mon amoureux, qui fait toujours preuve de patience et d’attention à mon égard (et j’espère lui rendre autant) et avec qui c’est toujours un bonheur inestimable de partager ces moments si intenses…

Quelques chiffres sur la course

109km et 4 850m de D+

268 participants, dont 25 femmes, soit 9,33%

189 finishers (70,52% des partants), dont 17 femmes, soit 8,99% des arrivants et 68,00% des partantes. 

9ème féminine et 4ème de ma catégorie (SE F)

Pour finir, je voudrais dire que je suis fière. Fière d’avouer enfin que je suis une ultra traileuse, même s’il était plus que temps de le faire !

D’ailleurs, petite anecdote (enfin pour vous parce que pour moi ce n’était pas qu’une anecdote…) : après avoir fait l’autruche devant mon calendrier Clue, j’ai été mise devant le fait accompli de mon calendrier menstruel.. et j’ai donc fini cet ultratrail en ayant mes règles, ce qui était vraiment une première pour moi sur une grosse échéance sportive.

J’avais envie de crier à tous ces hommes qui m’entouraient : « Everything you can do, I can do it bleeding ! » (ça sonne mieux en anglais).
Bon. Je me suis retenue mais ça rajoute une couche supplémentaire à ma fierté !

Pendant toute la course, cette question me taraudait :
pourquoi si peu de femmes sur les ultratrails ?
Bien sûr j’ai bien conscience de l’investissement et l’organisation que cela représente mais quelque chose me dit que c’est aussi et surtout parce que beaucoup d’entre nous ne s’en croient pas capables !
Nous sommes souvent les premières à nous poser nos propres limites et je rêve d’un jour où nous les ferons exploser !

Ne suis-je pas un « exemple » que tout est possible ?
Aucune prétention de ma part, au contraire : je pense être une fille plutôt banale ou classique, sans prédispositions particulières au sport et à la course à pied.

Et pourtant, si même moi j’y arrive tout le monde peut le faire, non ?
Je n’ai pas nécessairement le physique idéal d’une traileuse (loin d’être sèche et même plutôt en formes) et mon hypothyroïdie, qui ralentit fortement mon métabolisme, m’empêche de construire rapidement du muscle ou de perdre correctement du poids.
Et on ne peut pas dire que je déborde de confiance en moi…

Alors, les filles, dires-vous que si vous en avez envie, c’est possible !
Je n’ai pas dis que c’était simple mais on soupçonne souvent la force de notre mental (et on pourrait facilement prouver que celui des femmes est bien supérieur, sans compter notre tolérance à la douleur).
Vous n’êtes pas obligées d’envisager directement l’ultra mais les courses de trail offrent tellement de diversité que ce serait dommage de vous en passer !


En plus, si vous vous sentez seules, vous ne l’êtes pas et de nombreux groupes de femmes coureuses/traileuses existent, où il y règne partage et solidarité. Personnellement, j’appartiens à Coeur de Runneuses et Trail entre Elles.

Alors, qui me rejoint sur le prochain ? 😉

14 commentaires sur “UTHK : passer par toutes les émotions en 109km

  1. Chère Sophie. Merci pour ce compte rendu intéressant et vivant qui nous met bien dans l’ambiance. Bravo pour cette motivation. J’ai eu une image en tête en te lisant, toi avec ton sac à dos et Jo et Eva, à 12 ans, partant pour une petite randonnée clermontoise pour quelques jours, seuls et autonomes avec qq étapes chez des amis ou famille…. tu te souviens ? Encore bravo à tous les deux. On espérant vous voir bientôt pour parles de ces belles aventures. Gros bisous à vous. Ta marraine 😉😍😘

    1. Merci beaucoup Bernadette pour tes mots et ton enthousiasme ! Je me souviens très bien de cette randonnée, j’en garde un souvenir assez clair et un peu nostalgique, un très chouette moment !

  2. Respect pour ce Trail finit ! Et merci pour ton récit ! J’ai commencé’ le Trail cette année et j’ai participé an la 6D Lacs en juillet! Tous vos récits me donnent envie de découvrir l’ultra très vite mais je sais que je dois prendre mon temps! Merci encore de m’avoir permis de continuer à en rêver! Et bravo bravo bravo !!

    1. Merci beaucoup pour ton commentaire, je suis ravie car c’est vraiment pour ça que je prends le temps d’écrire ces CR. La 6D Lacs, je l’ai faite l’année dernière et j’avais adoré l’ambiance, sans compter le cadre de fou ! Prends le temps qu’il te faut pour arriver à l’Ultra… parce qu’après on n’a plus envie de s’arrêter 😉

      1. Encore merci!!! Oui l’ambiance Trail est magique ! Et j’ai hâte de me confronter an des distances plus élevées! A un de ces jours sur les pentes montagneuses!

  3. Bonjour Sophie,

    Et bien tout simplement chapeau bas à toi (et à ton amoureux bien sûr…) ! C’est drôle mais j’ai retrouvé dans ton récit pas mal d’états d’âmes par lesquels je suis passé durant mon trail de l’Oxfam (le départ en fanfare, la nuit très éprouvante, le regain d’énergie au petit matin, la joie de voir tous ces supporters durant le parcours et en particulier nos épouses respectives…et la fierté d’avoir fini). Je me dis quand même que vous risqueriez certainement de vous ennuyer à faire un jour ce trail de l’Oxfam.A moins que vous vous donniez d’autres objectifs… En tous les cas, avec Bernadette, on va justement les 13 et 14 septembre jouer les serres-files dans la 1ère édition du trail Oxfam de Dieppe. On te racontera… Encore bravo et à un de ces jours à Chécy ! Olivier

    1. Merci beaucoup Olivier, oui j’ai pas mal pensé à toi et à ton défi pendant cette course car, mise à part la vitesse (et peut-être un peu le dénivelé), je pense que les expériences sont similaires ! J’ai tellement entendu parlé du Trailwalker que je ne pense forcément m’ennuyer, d’autant que je crois que l’ambiance y est particulièrement bonne ! D’ailleurs, je pense que ça me plairait bien de commencer en étant bénévole aussi, peut-être en 2020 ? Bises à vous 2 et à bientôt !

  4. Super sympa ce post qui franchement change ma vision du trail… C’est vraiment une aventure autant humaine que physique !!! Bravo à tous les deux ❤️ J’adorerai un jour être sur votre trajet pour jouer les supporters avec les filles. Qui sait peut-être prochainement… Bisous. Valerie 😘

    1. Merci beaucoup ! C’est mon but aussi : faire découvrir ce qu’on fait à notre entourage… sans que vous ayez à faire les kilomètres ! 😉 C’est clair que si un jour vous faites les supporters sur une de nos courses,ça nous ferait très très plaisir, d’autant que je suis sûre que vous y mettrez du coeur et de l’énergie <3 bisous à tout le monde !!

  5. Merci de nous faire vivre cet exploit « comme si on y était ». D’ailleurs j’étais bien essoufflé à la fin et j’espère ne pas avoir de courbatures demain! 🙂
    C’est incroyable de parcourir une telle distance, de rester en marche si longtemps et de garder ce moral de vainqueur jusqu’au bout ! Vous m’épatez (2 fois) tous les 2: mille bravos et continuez à vous faire plaisir !

  6. Fière de vous ma belle!
    Bravo bravo et encore bravo! Pour ta course, pour ce bel article et pour toutes ces belles valeurs que tu véhicules et auxquelles j’adhere ❤️
    Bon repos, bonne recup et prenez soin de vous.

    1. Merci infiniment ma chère cousine, tes mots me touchent beaucoup ! J’espère te revoir bientôt et l’idée de partager un trail ensemble germe sérieusement dans mon esprit 😉

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